On touche à quelque chose de plus sombre, de plus triste, de plus désespérant ;

Il n’est d’histoire moins élégante, de récit moins violent, de réel moins cadavéreux ;

On sonde les abîmes de l’âme humaine, les désirs obscurs de gloire facile et de reconnaissance ; on y trouve, dans le cul-de basse fosse des mauvaises intentions où se logent tous les vices de la pensée, dans ces bas-fonds de l’imaginaire purulent du néo-colonialiste et du françafricain, on y déniche la France au Rwanda ;

On descend tous les cercles de l’enfer, un à un jusqu’au dernier ; on trébuche sur la France au Rwanda ;

On se jette dans le gouffre de la haine, du racisme, de la bêtise bestiale et de la cruauté brute ; on s’enfonce dans la boue laissée par la Grande Nation au Rwanda ;

On veut sortir de l’ornière où gisent les fantômes insoumis de nos exécutions ; les tentacules du Pays des Droits de l’Homme nous retiennent au Rwanda ;

On veut s’élever de la douleur qu’on y a laissée ; on s’enferme dans les méandres bourbeux et les crimes sinueux de la Fille aînée de l’Eglise au Rwanda ;

On veut comprendre, simplement comprendre, et la folie de la France au Rwanda nous happe dans sa bouche maléfique et nous crache sur les plaies laissées en jachères sur mille et une collines ;

On veut rendre justice et l’indifférence haineuse rabroue toute tentative, toute ébauche de mise en accusation de la France au Rwanda ;

On veut comprendre et interroger ; on veut se comprendre et s’interroger ; ils veulent oublier et taire la France au Rwanda ;

On veut apprendre, ils nient qu’il y ait eu la France au Rwanda ;

Ils dénient, renient avec arrogance, révisent, ignorent avec affront ;

Et comme dans un miroir où s’abime le mensonge, ils font de leur lâcheté une révolte ; de leur forfait une médaille militaire ; de leur abjection une légion d’honneur ; de leur misérable défaite la grande cause de la France au Rwanda ;

La victime est coupable, la victime est complice, la victime est responsable de la France au Rwanda ;

Humanitaires, trop humanitaires ;

Ils tournent en dérision la peine des mémoires ;

Ils détournent le regard de la France au Rwanda ;

Toute supplique est moquée, toute souffrance condamnée ;

Douce ignorance et doux génocide de notre pays natal ;

Beaux reflets turquoise sur l’écarlate des maux et la fraicheur des cris ;

Cahier vide et sans retour possible ;

Franco-cacophonie qui se mêle aux désirs de conquête de l’ego tropical ;

Agonie d’une devise qui s’étouffe dans l’ivresse d’un espoir de grandeur ;

Puanteur d’une armée qui libère ses dégouts sur l’humanité noire ;

Démocratie opulente en deçà de ses frontières ; terrain vague décharné où s’exercent ses pulsions au-delà ;

Bac-à-sable pour enfants pervers qui se défoulent sans risque et jouent aux osselets avec les ossements des autres ;

Vertige du pire ; tourmente du mal ; précipice d’où tombe son honneur ;

Défense de la langue française et illustration de son pouvoir séducteur par le sang, la volupté et la mort des armes ;

Chagrin et pitié entremêlés dans l’action française ; mémoires d’outre-amertume ;

Génie d’un évangile qui n’annonce que les ténèbres ;

De Thiaroy à Setif, de Bisesero aux faubourgs de Kigali, anciens résistants et nouveaux collaborateurs réunis en une geste parfaite ;

Frères inhumains qui après eux vivez ;

Croisades ; dragonnades ; code noir, esclavage ; colonies, déportations, collaboration, génocides, forment le dictionnaire amoureux de la langue française ;

Posture et imposture de l’intelligentsia française qui est allé cracher sur l’hécatombe de peur de déplaire à ses maîtres haut perchés ; qui accuse à l’envie les potentats effrontés lorsqu’ils sont à mille lieux de ses imprécations oiseuses ; mais qui timide et soumise chez elle, n’ose à peine reconnaitre une faute là où il n’y a que la plénitude du forfait et l’étendue du crime à contempler ;

Histoire prometteuse d’une vieille nation, abolie en une nuit de torpeur ;

C’est cela la France au Rwanda ; ce flot sombre, triste et désespérant d’une histoire qui charrie avec elle autant de cadavres que de rêves brisés vers le puits sans fond de la Nuit Rwandaise.

Guillaume de Rouville

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