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Désincarnation

Depuis près de cent ans les avant-gardes marchent à reculons et donnent le spectacle d’un art contemporain qui trouve sa nouveauté et son élan dans l’imitation de ses fondateurs : Duchamp, Mondrian, Malevitch sont les maîtres d’école de nos mauvais écoliers.

Le credo de cet art contemporain est propre à nous donner l’illusion d’une nouvelle religion révélée : le salut est dans la nouveauté. La rupture et la déconstruction, la supériorité du concept sur la perception, du discours sur la matière, de la découverte sur la réalisation, sont autant de dogmes que nos avant-gardes mettent entre eux et le public pour construire une culture sans repère et édifier un culte sans communion. L’art contemporain offre à penser à ce qui ne croient plus en rien ; il donne des règles à ceux qui n’en n’ont plus et bâtit une morale sans commandement ni loi.

Une révolte inversée

L’obsession de l’artiste contemporain est de paraître en rupture avec son temps, de choquer le présent et de mériter le titre honorifique de non-conformiste. L’artiste contemporain tient le discours d’un jeune révolutionnaire qui ne veut plus que s’arrête le rouleau compresseur de la nouveauté, mais il agit comme le représentant d’un ordre intellectuel fermement attaché à ses privilèges d’imitation (un siècle de ready-made reproduits à l’infini est là pour en attester, ainsi que tout l’art dit conceptuel[1]).

L’artiste contemporain est semblable à ces adolescents qui, d’un côté, conchient la normalité bourgeoise de leurs parents et, de l’autre, leur réclament de quoi subvenir à leur consumérisme forcené. Il proclame, dès lors, une révolte vaniteuse, sans risque, sans projet, sans foi.

Il qualifie volontiers de réactionnaires ceux qui le somment de prendre conscience de l’état méprisable de sa condition (de bourgeois révolté) ; il les affuble de terme de « fascistes » dès qu’ils émettent l’idée de le bouter hors de la république des arts.

L’artiste contemporain invente une cabale contre lui et construit sa solitude au milieu de la cour des honneurs ; il conçoit de toutes pièces un ordre moral qui le menacerait et prétend s’engager dans un combat d’importance pour le progrès, la démocratie ou les droits de l’homme. En réalité, personne ne remet en cause son travail, personne ne menace le confort de sa révolte et sa solitude n’est que la manifestation mondaine de son ego qui se voit seul au milieu de la foule.

Les « avant-gardes » contemporaines ont ceci de particulier qu’elles sont composées d’artistes maudits par le public, mais choyés par l’État. L’art contemporain est l’art officiel par excellence parce qu’il s’accorde parfaitement avec la perte des grands desseins politiques que nous déplorons chez nos hauts fonctionnaires. L’art contemporain, c’est l’histoire de relations mondaines et de dîners en ville, une histoire où la contestation de toutes les autorités s’accommode de l’argent de l’État et de l’estime officielle. Pour nous couler dans l’air du temps, nous pourrions dire que l’art contemporain c’est une révolte inversée.

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L’attrait du vide

Les artistes contemporains commentent, glosent et bavardent afin de justifier la banale laideur de leurs œuvres. Ils ont recours aux expertises linguistiques et psychanalytiques pour nous faire oublier qu’ils sont incompétents (au sens technique) dans leur art et, tout compte fait, ils abusent de la crédulité que nous manifestons devant ceux qui nous paraissent savants. Deux phrases imbitables (souvent beaucoup plus, hélas) accompagnant le « projet artistique » ou « l’installation » suffisent à en imposer aux plus modestes d’entre nous. Un charabia qui invoque le linguiste Saussure ou Freud le psy tient lieu de justification intellectuelle à une œuvre qui, sans cela, perdrait son identité artistique qu’on prétend lui donner.

« Nous nous sommes ensuite arrêtés devant une « œuvre » très connue de  Bertrand Lavier : un frigidaire juché sur un coffre-fort. Et le conservateur de nous expliquer que cette « pièce » était « tout à fait intéressante » parce qu’ « il y avait là toute une réflexion » sur l’analité dont la possession et la conservation sont des traits prépondérants, le frigidaire étant le lieu où l’on conserve la nourriture, le coffre-fort celui où l’on met en sûreté l’argent que l’on possède. Je le laissais poursuivre son interprétation que, d’un air entendu et satisfait, il qualifia de freudienne,  et je l’interrompis à nouveau pour  lui demander si,  au delà de l’interprétation qu’on en pouvait proposer, ce superbe ready made s’adressait également à notre sensibilité ? Il considéra un moment le frigidaire, puis le coffre-fort, et me répondit : « La sensibilité du visiteur est, bien sûr, engagée. Oui, tout à fait ».[2]

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L’apparence de l’œuvre ne compte pour rien ; tout est dans l’explication de texte qui vient à son secours. Ce qui définit le « génie » de l’artiste contemporain, ce n’est pas la réalité visible de son œuvre – fruit d’un effort de l’esprit qui déborde dans le sensible grâce à la maîtrise d’une technique – mais la glose, assermentée par expert, qui l’entoure. Sans cette enflure démesurée du commentaire, de l’explication de texte, son œuvre n’aurait guère plus de sens artistique qu’un objet de consommation courante abandonné dans une décharge publique et passerait sans doute inaperçue auprès du commun des mortels.

À la pauvreté du travail ou de l’effort accompli pour accoucher de l’œuvre, à l’absence presque généralisée de maîtrise d’une technique, répond une logorrhée surdimensionnée puisée sur les bancs des études supérieures où l’on formate nos élites.

L’œuvre d’art s’évide de son sens, commun ou sensoriel, pour s’incarner dans le vide du concept que soutient un langage abscons réservé à des spécialistes qui s’échangent des obscurités, comme les grands de ce monde s’échangent des politesses, au-dessus de la masse informe des peuples.

« Comme l’indiquent la préoccupation topique de Freud et la recherche topologique entreprise par Lacan, la réflexion psychanalytique implique une prise en compte de l’espace et de sa configuration. Le décentrement du sujet s’accompagne d’une subversion de l’espace que l’art contemporain et contemporain n’ont cessé d’exploiter. Cet essai entame un dialogue avec l’œuvre de l’artiste brésilienne Lygia Clark tout en reposant à la psychanalyse la question de la traversée du fantasme. »[3]

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Un au-delà de la liberté

L’artiste contemporain manque de cette lucidité qui le livrerait sans défense à sa mauvaise conscience ; il ne peut oser concevoir un instant que la rupture dans l’art est une chimère et que la nouveauté n’est plus un critère possible ou suffisant pour l’exercice de son métier. L’art s’est libéré de toute contrainte et a mis l’individu au centre de ses préoccupations. Il n’est plus de rupture imaginable depuis que nous savons que tout est possible et que les mille et unes pulsions de l’artiste roi sont reconnues en son royaume comme les manifestations de son génie tutélaire.

La seule rupture qui puisse se concevoir serait, sans doute, de porter atteinte à la liberté – individuelle et pulsionnelle – dont nous jouissons. Il nous faudrait goûter à nouveau la nécessité de l’effort, des règles et des lois et retrouver le bonheur et le sens d’une destinée commune. Peut-être que cela n’est pas imaginable dans une démocratie représentative reposant sur l’individualisme pulsionnel ayant désamorcé tout projet collectif et fractionné l’histoire nationale en fables inintelligibles ayant perdu toute valeur morale. Peut-être que pour défendre une certaine idée de l’art il est nécessaire de partir à l’assaut de la démocratie représentative, libérale et marchande qui a dépouillé les nations de toute transcendance collective.

On entend déjà se récrier tous les progressistes du monde et se former des cortèges d’antifascistes éplorés réclamant la mise à mort – médiatique, il va sans dire, du moins dans un premier temps – de l’effronté qui ose remettre en cause les « acquis civilisationnels de l’Occident ».

Il ne s’agit cependant, pour nous, que de constater que l’art et son esprit ne peuvent pas aisément survivre à la démocratie représentative, instrument privilégié des puissances de l’argent. Parce que le sacré y est profané et le spirituel moqué.

Deplano qualifie son art d’« anatanomique », à la croisée entre anatomie et anomie. Anatomie car pour lui l’artiste est comme le scalpel, un instrument de dissection : l’un tranche les tissus humains pour transformer les cadavres en écorchés ; l’autre se lance dans l’autopsie non-organique des apparences, des uniformisations et des conventions portées par les vêtements, ces « secondes peaux » qui deviennent sculptures. (…) L’art est ici à la fois critique et question adressées aux processus de réification, d’isolation et d’irrésolution sociétales qui affaiblissent le sens du vivre ensemble et ont souvent pour conséquence d’augmenter l’insatisfaction et la « démoralisation » de l’individu.

A travers ses œuvres, Deplano propose de scruter le creux des apparences. Ses sculptures vestimentaires sont porteuses des codes, des marques et manifestations d’une culture purement « matérielle » ; mais en même temps, elles délimitent des contours ambigus qui circonscrivent le vide pour mieux susciter le plongeon abyssal du visiteur, pris de vertige devant l’objet qui s’effrite irrémédiablement dans le non-être. Chaque pièce sculptée est une zone perméable, ouverte dans l’espace d’exposition, un contenant diaphragmatique qui canalise le flux et le reflux d’échos existentiels générés entre les mondes intérieur et extérieur. »[4]

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La beauté dans l’art

L’art contemporain n’est pas soucieux de beauté ; rien ne lui convient mieux que la laideur triviale de son temps. L’art s’est peu à peu désincarné et a fini par perdre ses formes, son identité, ses frontières. La recherche de la nouveauté dans l’art s’est substituée à la recherche de la beauté dans l’art : ainsi, un absolu sans idéal, une abstraction sans incarnation positive, ont pris la place du spirituel dans l’art.

La beauté – la géométrie et l’harmonie des formes – insupporte nos artistes comme la morale offusque nos intellectuels. Elle est une insolence dans un monde sans foi, comme la nation est un affront dans un monde sans frontières.

Si l’art contemporain n’a plus rien de commun avec le beau[5], c’est parce qu’il n’existe pas, à ses yeux, de critère pour établir celui-ci : tout est art, même la laideur et la paresse (et pourquoi pas le meurtre et le viol). Toute recherche d’un absolu – comme le beau – serait une imposture et un abandon de la rationalité lumineuse de la raison pratique pour les douteux éthers de la foi. Il ne nous reste donc, entendez-bien le message de l’art contemporain, que l’argent, seul étalon de la valeur – de toute chose et de tout être – au sein du mondialisme et du libéralisme triomphants.

Cette conception de l’art – rejet du beau et recherche de la nouveauté – empêche l’artiste de satisfaire son besoin de rupture parce qu’il n’y a plus de règle ni d’interdits à enfreindre ; l’art ne choque plus personne parce qu’il a la vertu d’ennuyer tout le monde. Mais, s’il ne choque pas, il n’émeut pas non plus parce qu’il ne s’intéresse pas à l’esprit, ne cherche pas fébrilement un absolu, n’emprunte les sentiers escarpés d’aucune montagne magique, ne suit aucun chemin de croix pour atteindre son idéal.

Le beau, c’est le dieu de la forme et de la perception, deux choses auxquelles l’artiste contemporain se refuse de croire par peur des marchands du temple pour qui la seule métaphysique acceptable est celle de l’argent. Notre époque clame sa haine de toute quête spirituelle, cette recherche passionnée du sens et de l’harmonie des êtres et des choses. Elle ne reconnaît aucune valeur à ce qui ne peut être corrompu et transformé par l’argent. Un financier contemporain dirait que le beau n’existe pas parce qu’il ne peut pas être titrisé ni échangé sur le marché des dérivés de crédit. Rien dans ce bas monde n’a de sens, pour lui, que ce qui peut faire l’objet d’une transaction financière. Le reste, n’est que pure spéculation … intellectuelle, s’entend.

Ici-bas, rien n’est sacré en dehors de ce qui est profané par l’argent.

 

BHL et l’art contemporain

« Vous racontez la recherche des œuvres pour votre exposition comme un général évoquerait  ses prises à l’ennemi. Auriez-vous une vision guerrière de l’art ?

J’ai une vision guerrière de tout. Et, quant à l’art, je ne crois pas qu’il soit là pour apporter de l’harmonie entre les hommes, pacifier leurs relations, enjoliver le monde. Pas du tout. »[6]

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L’art contemporain et ses valeurs

L’art contemporain n’est guère plus qu’un enjeu pour les financiers et les faiseurs ou défaiseurs de fortunes ; il n’a plus rien de commun avec l’esprit. Sa destination, c’est la poubelle ou la galerie d’art, lieux communs où les objets inanimés perdent leur âme.

Il produit avant tout des marchandises et des objets de consommation devant permettre à une élite de se percevoir comme telle (et à ses subalternes et serviteurs de la moyenne bourgeoisie, de s’identifier avec elle). Avant de finir à la poubelle – lorsqu’elle a perdu sa valeur marchande et donc son attractivité mondaine – elle passe par le salon de la haute bourgeoisie.

Son marché captif se situe dans les sphères bien fortunées de l’industrie, de la finance ou des marchands d’armes qui recherchent dans l’œuvre, tantôt un signe distinctif et tangible de leur position sociale, tantôt un placement lucratif ou, enfin, une manière d’optimiser fiscalement leur abondant patrimoine.

Il faudra nous expliquer pourquoi l’achat d’un poème ne donne pas droit à une réduction de l’impôt sur la grande fortune, comme c’est le cas pour l’acquisition d’un tableau ou d’une installation du dernier mignon de l’art contemporain. Il faudra nous expliquer encore, comment ce mignon – pour le dire autrement, ce laquais qui vient caresser son maître dans le sens de ses préjugés – est passé, du jour au lendemain, d’inconnu sans valeur sociale ni marchande, à génie absolu de l’art.

Voici ce que l’on peut trouver en page d’accueil du site internet d’une galerie d’art, prise au hasard, juste sous les « objectifs » affichés de la galerie :

« L’achat d’œuvres d’art est à la portée de toutes les entreprises : En France, depuis 1985, les Entreprises peuvent déduire de leurs bénéfices imposables leurs achats d’œuvres d’art. Si pour votre entreprise vous souhaitez : dynamiser son image en sponsorisant un artiste, Embellir vos locaux (hall d’accueil, bureaux, ou encore vitrine), trouver une communication originale ou bien simplement vous faire plaisir. Nous restons disponibles pour répondre à vos questions concernant la défiscalisation. »[7]

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L’artiste contemporain, cet être qui a assez d’estime de lui-même pour se qualifier d’artiste (comme d’autres s’affublent volontiers du titre de philosophe), réunit les défauts du commerçant qui vante les qualités de son produit pour le vendre – au plus offrant – et les faiblesses de l’intellectuel bavard qui élabore tout un système de philosophie autour d’une œuvre banale et ordinaire, devenue à la fois marchandise de luxe et abstraction indigeste.

L’artiste contemporain remplit une fonction sociale dans la société marchande qui fait de lui un allié du pouvoir libéral. Michel Clouscard a bien définit cette fonction : « Le maudit, de témoin désespéré, devient prescripteur des modèles de subversion nécessaires à l’implantation du libéralisme libertaire. L’artiste après avoir modelé l’œuvre d’art modèle les modèles culturels de la contestation et de la consommation libidinale, ludique, marginale. En fin de parcours, il ne sera plus que l’animateur du marché du loisir et de l’idéologie du désir ».[8]

Il offre également un semblant de valeurs morales à une société qui ne les supporte pas (parce que nécessairement réactionnaires). L’art contemporain, dans la vulgate officielle – celle issue de la confluence intellectuelle entre les écoles d’art, les musées, les galeristes et le petit monde de la critique – relayée par l’éducation nationale auprès de nos jeunes têtes de mioches, véhiculerait un certain nombre de valeurs positives : il permettrait d’interroger l’humain, de refléter nos peurs, nos angoisses, en un mot, de comprendre le monde qui nous entoure. La belle affaire ! Cette vertu pédagogique est aussi celle du crime : le meurtre nous en apprend aussi sur notre société, nos travers et nos limites, cela ne le rend pas plus acceptable, ni ne lui confère une excuse – morale ou esthétique.

C’est un peu les mêmes flatteries que nos doctes contemporains adressent à la « Renaissance », cette période où les Occidentaux auraient enfin découvert l’homme et son humanisme, ce continent inconnu jusque là, comme ces Amériques lointaines que nous aurions été les premiers à fouler. Si nos thuriféraires de l’art contemporain admirent autant la « Renaissance », c’est parce qu’ils voient en elle les prémisses de la désacralisation de l’homme, de la disparition de sa dimension spirituelle et de son attachement à des transcendances – et, particulièrement, aux valeurs chrétiennes. Ils aiment la « Renaissance » parce qu’elle est le début de la chute de l’homme dans sa condition purement matérielle, sa descente dans les enfers du réel auquel on ne peut échapper.

Les maîtres de la « Renaissance » avaient sans doute quelques excuses que n’ont pas nos artistes contemporains : une inspiration qui n’était pas uniquement matérialiste, une maîtrise technique, un talent d’exécution certain, un travail méticuleux, une expression plastique fruit d’un apprentissage et d’un effort et, enfin, un univers qui n’était pas encore totalement corrompu par la marchandisation, l’argent et la spéculation.

« Après celles de Jeff Koons et de Xavier Veilhan, ce sont les œuvres du Japonais Takashi Murakami qui entreront à Versailles le 15 septembre prochain (…) Estimée à plus de 2 millions d’euros, l’exposition a été financée par le Qatar. En tout, ce seront 22 œuvres de Murakami, dont onze inédites, qui seront installées dans quinze salles du château et dans les jardins : sculptures, peintures, installations et lustres. Une « folie éphémère », selon Laurent Le Bon, le commissaire d’exposition. »[9]

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Pour conclure – le retour de l’éternel

Les artistes dont nous avons parlé et brossé le portrait peu flatteur, sont ceux qui sont reconnus par le « système », la secte ou la classe sociale de l’art contemporain. Il y a bien évidemment tout un sous-prolétariat d’artistes qui mérite notre considération et notre estime et qui sait ce que signifient les mots modestie, travail, savoir-faire, engagement moral et sens des destinées collectives. S’ils sont artistes, ils ne sont pas nécessairement artistes contemporains, parce qu’ils ne sont pas à la recherche effrénée et obtuse de la nouveauté dans l’art et que la valeur marchande de leur œuvre n’est pas leur préoccupation première.

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L’esprit – la condition du beau – est remisé au placard des antiquités par le credo de l’art contemporain. Il est chassé de la cité des hommes à coups de triques laïcardes et antifascistes par les matérialistes les plus convaincus qui ne croient pas à l’élévation des âmes. Il ne doit subsister, pour eux, que ses avatars laïcisés : la conscience – droitdelhommiste (moteur de la démocratie représentative) – et son ombre, l’inconscient névrosé (moteur de la consommation de masse). Le beau – l’absolutisme de l’esprit – est envoyé dans les camps de la mort du matérialisme contemporain.

Les grands esprits rationalistes de notre temps nous expliquent qu’il n’y a pas de critère absolu pour déterminer ce qui est bien et ce qui est beau : ils en concluent, les misérables, que nous devrions renoncer à cette quête inlassable pour le bien et le beau et que nous ferions mieux de nous abandonner aux attrayantes mollesses capitalistes de l’argent et des jouissances matérielles.

Sous prétexte que ces nobles idées n’auraient ni borne, ni direction, ni début, ni fin, il faudrait réduire l’homme et son univers à toutes les finitudes possibles, élever des murs autour de lui, de son corps, de son âme. La raison ne parvenant pas à une définition précise et rigoureuse du bien et du beau, il n’y aurait donc ni bien ni beau ; ce ne serait là que des croyances sans intérêt marchand et que l’argent, hélas, ne pourrait réduire en esclavage.

Nous n’arrivons pas à expliquer la vie, l’esprit ou la création de l’univers. Leur subtile mécanique nous échappe en grande partie. Devons-nous, pour autant, nier leur existence et leur possible transcendance ?

Le beau est à l’art ce que le bien est à la morale : un idéal poursuivi par l’esprit en quête de sens. À chacun de décider s’il veut vendre son âme à ceux qui marchandent nos vies dans le casino mondialiste à coups de rationalité mortifère et s’il veut voir la boue monter peu à peu jusqu’aux anges.

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Guillaume de Rouville

 

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[1] Définition de l’art conceptuel provenant du site du Centre Pompidou : « A la primauté de l’idée, se substitue ici celle de l’exigence tautologique : définir l’art et rien que l’art sans se contredire. Le but de cette restriction de l’activité artistique est de refuser toute visée métaphysique, jugée comme incertaine, pour n’évoluer que dans le domaine du fini, assurément viable. » http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-ArtConcept/ENS-ArtConcept.htm

[2] Les élus et l’art contemporain : une tartufferie aussi tragique que cocasse, Nicole Esterolle, 1 juillet 2013, Mic-Mag.net : http://www.micmag.net/es/voz-libre/2287-les-elus-et-lart-contemporain-une-tartufferie-aussi-tragique-que-cocasse-

[3] Exemple pris au hasard d’un charabia littéraire sur l’art contemporain : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=PCLI_034_0081

[4] Exemple pris au hasard sur un site d’un marchand d’art contemporain illustrant encore le charabia littéraire de mise dans ce joli monde des bourgeois cultivés férus de modernité : http://beargalerie.my-clic.com/articles.php?lng=fr&pg=186

[5] Nous utilisons ici les mots « beau » et « beauté » dans un même sens.

[6] Entretien avec Bernard-Henri Lévy de Sébastien Le Fol et de Valérie Duponchelle, Le Figaro, le 31 mai 2013 : http://www.bernard-henri-levy.com/bernard-henri-levy-«-on-ne-fait-pas-si-facilement-le-deuil-de-la-beaute-»-entretien-de-sebastien-le-fol-et-de-valerie-duponchelle-le-figaro-le-31-mai-2013-38435.html

[7] http://www.galerieurbaine.com/index-1.html

[8] Critique du libéralisme libertaire, Michel Clouscard, page  176, Édition Delga, 2005.

[9] Versailles et l’art contemporain : polémique avant l’expo Murakami, Zineb Dryef, Rue89, 7 août 2010 : http://rue89.nouvelobs.com/2010/08/07/versailles-et-lart-contemporain-polemique-avant-lexpo-murakami-161293

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